Pas tant early stage que cela

J’étais hier à l’atelier entrepreneur organisé par la team FrenchWeb, thème « je n’ai pas levé auprès de fonds et tant mieux ! » ou comment sur la base de financements publics arriver à amorcer un minimum – ou plus – le démarrage.

Je fus très agréablement surpris par l’évènement. Du concret, un public bien qualifié pour la conférence, des speakers très à l’écoute pendant leur exposé. J’y ai pris beaucoup de plaisir et tire mon chapeau à l’équipe de FrenchWeb.

Au microphone Nadya Jahan de Mandala Games, éditeur de casual games dont Divinitiz que vous retrouverez sur Facebook ainsi que deux consultants spécialistes du financement public.

Cycle de financement de Mandala Games

Très belle histoire que celle du financement de Mandala.

Après 9 mois de démarches infructueuses auprès de divers fonds, Nadya a réussi à lever auprès de fonds publics et de réseau de prêts d’honneur autour de 225 k€ sans dilution aucune, avec peu de fonds propres et sans CA.

De son propre aveu, elle s’est basée sur deux atouts qu’il me sera difficile de mon côté de mettre en avant :

  • la féminité – les femmes entrepreneurs dans le gaming sont aussi nombreuses que les soutiens de Papendreou au dernier G20
  • la province – les bons business sont moins fréquents et surtout plus répartis sur le territoire qu’à Paris.

Au delà de ces deux arguments dont on voit la difficulté à les généraliser, ce qui est intéressant est qu’on peut lever auprès de fonds publics et pas seulement 10 pauvres k€ pour financer une maquette. A titre d’exemple, Mandala Games a bénéficié de 100 k€ de subventions directes. Et pour les emprunts, OSEO a garanti 100 k€ mis à disposition par deux banques.

Avant de passer aux fonds publics, revenons sur l’histoire du early stage.

Du capital risque plutôt orienté capital développement

Le retour de Nadya, entièrement partagé par ceux qui l’on vécu dans la salle et que les capitaux risqueurs ne prennent pas tant de risques. En fait, disons plutôt qu’ils préfèrent le prendre le plus tard possible dans la vie de l’entreprise. C’est à dire pas à l’amorçage …

J’ai déjà rencontré de manière non officielle quelques fonds et quelques leveurs qui m’avaient fait le même retour: revenez quand vous aurez du chiffre. Oui mais je viens vous voir car j’ai besoin de tant pour faire mon chiffre et sur votre porte il y a marqué amorçage. Oui, mais on préfère financer des sociétés qui ont déjà démarré.

Ah.

Un de mes amis vit en ce moment la même expérience que Nadya : il a présenté son dossier à une trentaine de fonds ou réseau de BA, dont grand max une dizaine un peu hors cible, c’est à dire affichant des montants cibles d’investissement légèrement supérieurs à ces besoins. Ce qui laisse dont une vingtaine de spécialistes de l’amorçage. Seuls 5 ont répondu sur le fonds du dossier, les autres ont tous botté en touche en disant que c’était trop early stage. Alors on peut couper la poire en deux, le cheveu en quatre, et faire subir à la mouche des supplices que ma mère m’interdit rigoureusement de nommer ici (dédicace à Brassens) en détaillant ce que peut être l’early stage, mais la vérité est là : Il n’y pas assez de capitaux riskeurs en amorçage. ils ne prennent par conséquent que les dossiers les plus avancés.

Principe : un investisseur, même en amorçage, ne vous financera que si vous avez déjà avancé.

ou si votre dossier compte parmi les plus rares. Mais la raréfaction des réseaux de BA ou de fonds d’amorçage fait qu’ils voient passer la plupart des dossiers intéressant. Moralité, nous pouvons poser le complément suivant.

Complément : Quel que soit le sujet, un fonds a déjà vu passer un dossier similaire au votre. Ou du moins similaire vu de l’execuvite summary.

Le early stage n’est donc pas si early que çà.

Deux enseignements donc :

  • De la frugalité : sachez développer low cost avec le moins de moyens possibles
  • Utilisez les ressources publiques !

Combien coûte une levée auprès de fonds publics ?

L’astuce est de prendre un consultant. Du moins, c’est ce que nous ont dit les consultants présents. ;)

Ca coûte un peu de pognon, mais vu qu’il maitrise les arcanes administratives et sait comment adapter votre discours aux attentes des services concernés, c’est du temps de gagné et surtout l’augmentation significative de la probabilité de levée.

Quelques métriques :

  • Compter 2 à 3k€ de fixe
  • 2 à 4% des sommes levées dans le cadre d’avances remboursables
  • 6 à 8% des sommes levées dans le cadre de budgets européens
  • 10 à 15 % pour les subventions classiques, dont les régions

Et enfin cerise sur le gâteau, à laquelle j’ai moins porté attention car peu concerné à très court terme (mais j’ai bien enregistré les coordonnées de la consultante pour la suite) : vous pouvez également bénéficier d’aides non négligeables pour la formation de vos collaborateurs. Et quand on parle de formation, on parle aussi de prise de poste.

Et oui, recruter quelqu’un, c’est une formation implicite pour l’adapter à ses nouvelles responsabilités. Vous pouvez par exemple récupérer de 5 à 7 k€ par nouveau salarié. Plutôt pas mal non ?

En définitive, quels conseils pour se financer hors fonds d’investissement ?

En vrac :

  • Être une femme en province, et je crois que ça marche pour beaucoup de sujets
  • Être en province toute court, ce fut le mot d’ordre de la soirée. Par exemple, les enveloppes OSEO sont aussi importantes en Rhône-Alpes qu’en Ile-de-France pour dix fois moins de demandes.
  • prendre un consultant qui repackagera votre dossier
  • les enveloppes sont toutes bouffées en fin d’année, compter sur une reprise d’arrivée des fonds fin février
  • pour les budgets européens, en profiter un max pour 2012. Il y aura un creux en 2013 et 2014 dus à la fin de cycles de financements pluri-annuels.
  • Pour les emprunts bancaires, faire porter le risque sur deux banques.
  • Dans tous les cas, mettre en concurrence les banques avant un emprunt.
  • les dossiers agrément recherche doivent impérativement déposé avant le mois de juin, et ils sont rétroactifs sur l’année en cours.

Entreprendre: un business-plan de paysan

Depuis la livraison de ma première bêta je m’attelle à diverse tâches administratives dont la refonte de mon business plan. Les premières raisons m’ayant poussé à le faire étaient très classiques : évolution du discours, du produit, du marché. Bref, l’adaptation permanente d’une entreprise, même en création, à son environnement.

Mais quelque chose de plus profond m’a incité à tout reprendre : je voulais faire un business plan de paysan. C’est-à-dire simple, sans trop de fioritures, du bon sens et de la progressivité dans l’argumentation. Je vais expliquer mon métier, pas la compta.

Les possibilités de dérive dans un BP sont nombreuses.

Je suis ingénieur de formation, on m’a appris à rédiger des cahiers des charges ultra denses en dimensionnant le moindre petit passage de clavette. Dans mon parcours professionnel, j’ai fait de l’analyse fonctionnelle, de l’analyse stratégique, de la bonne grosse compilation de quantités de données pour au final expliquer à des gens qui liraient à peine mon rapport la direction qu’ils n’allaient pas prendre. (oui, pour les lecteurs qui ne connaissent pas le travail d’analyste, c’est à ça qu’il sert : une belle caution intellectuelle qui étaiera in fine une décision qui ne peut être qu’irrationnelle. C’est beau, ça rassure. Comme le consultant McKinsey).

En gros, je sais branler du mou dans les grandes largeurs, et c’est un peu à ça que ressemblait mon business plan.

Après réflexion, il m’intéresse moins d’expliquer à un investisseur que j’ai su calculer ma tréso au 20ème mois ou que l’évolution de ma masse salariale est sûre à 90% que de présenter ma vision du marché dans lequel je me plonge et pourquoi je pense savoir mieux y vivre que les autres.

J’ai déjà vu l’œil navré de financiers ou d’incubateurs car je n’avais pas répondu à certaines questions chiffrées. Qu’on se le dise et que cela soit clair: nombre d’entre elles m’indiffèrent car leur niveau d’incertitude est si flagrant que la moindre conjecture serait à mes yeux un affront à l’intelligence de mes interlocuteurs. Et au minimum à la mienne, ce qui bien sûr me chagrinerait.

Une de mes qualités est de savoir analyser rapidement et m’adapter. Pas calibrer au millimètre une succession d’actions. Moralité, écrire à l’avance et surtout en détails 3 ans de projections est contre ma nature. Je vais donc vendre ce que j’ai à vendre, et trouver l’investisseur qui préfèrera ce type d’entrepreneur.

Alors back to basics, de la synthèse voire de la pudeur dans les chiffres, et du détail dans la vision.

Journal d’un entrepreneur: alors cette beta privée ?

Je vous l’avais annoncé fin janvier, j’ai changé d’équipe technique et suis reparti d’un presque zéro.

Je m’étais promis également de sortir une beta privée en mars. Alors quel bilan ?

Job done !

Rien n’est jamais parfait, quelques heurts, quelques à-coups, mais au final, j’ai en main une version opérationnelle, qui remplit sa double fonction à l’image de mes deux objectifs du moment :

  1. premiers utilisateurs pour des premiers retours,
  2. présentations à de potentiels investisseurs.

Côté investisseurs, en quelques jours, j’ai déjà pu réaliser plusieurs pitchs, dont un qui peut-être débouchera sur quelques choses d’intéressant.

Côté users, j’ai assis plusieurs de mes proches sur une chaise pour les voir utiliser cette première beta, et j’ai déjà des premiers axes d’améliorations intéressants. J’élargirai avec le temps ce cercle restreint de beta testeurs.

Les choses avancent.

Je vais en profiter pour sortir la tête du guidon technico-fonctionnel, monter quelques dossiers administratifs et structurer encore mieux ce projet, dont finalement vous ne savez encore presque rien.

Prochaine étape majeure : beta publique en juin !

Mais d’autres jalons intermédiaires seront posés d’ici là. Stay tuned !

Retour sur le salon des entrepreneurs

J’étais semaine dernière au salon des entrepreneurs, détour que je recommande à tous les wanabee ou en cours de création lors des prochaines programmations. Grosso modo, les exposants sont divisés en administrations nationales ou régionales, les banques et assurances, les franchises, un coin innovations.

Pourquoi faut-il s’y rendre ? Car vous allez rencontrer, dans leur domaine, des gens qui vous aideront à comprendre qui le CIR, qui le NACCRE, qui le support de la région. En quelques heures réparties sur deux jours, vous en apprendrez plus qu’en fouillant les sites web peu clairs des organismes concernés. Tout ça gratuitement, hors votre temps bien sûr.

On ressort de là avec un certain optimisme quant à notre capacité à affronter la nébuleuse française des droits et devoirs du créateurs.

Alors oui, dans le lot vous avez le fonctionnaire retranché derrière ses textes et qui n’a aucune envie d’en sortir, vous avez également l’investisseur qui ne veut prendre aucun risque (gné ?), sans parler du suceur de moelle qui vous propose de monter je ne sais quel dossier pour un bras trois quart.

Mais je suis aussi également tombé sur:

  • une personne des impôts qui veut toute faire pour que les entrepreneurs honnêtes aient toutes les billes avant contrôle, et qui considère que son métier est avant tout le conseil amont que le redressement en aval.
  • une personne d’un ministère dont j’ai oublié le nom qui met toute sa détermination à vous expliquer les dispositifs d’aide au créateur au chômage, et qui ne vous lâche pas tant que vous avez des questions
  • une personne de la région Ile de France, qui veut absolument vous informer sur toutes les aides dont vous disposerez en venant vous installer, et dans quelle ordre les demander vis-à-vis des autres acteurs régionaux ou nationaux.
  • et d’autres encore motivés par leur présence au salon.

Bref, que des gens qui ne sont pas payés au variable, mais qui souhaitent juste faire bien leur boulot, et favoriser à leur échelle l’entreprenariat. Et quand on voit le ramassis de frileux et de peine-à-jouir que le créateur normal rencontre au quotidien, ça fait un bien fou et donne une  bonne patate. Non il n’y a pas que des glands dans l’administration, il y a aussi des gens qui croient à leur métier, et surtout au votre.

Journal d’un entrepreneur: Savoir repartir de zéro (ou presque)

Je me suis lancé sur la voie de l’entreprenariat il y a maintenant 6 mois.

Après un début relativement rapide, premières specs, premières présentations, premières maquettes, j’ai connu une belle phase de patinage. Vous savez, ce moment où les roues avant sont coincées dans la boue et vous appuyez comme un gland sur l’accélérateur avec pour seuls effets notables d’envoyer à tout-va de lourdes goûtes d’un marron douteux et de vous énerver davantage. Vous voyez ? La même, mais en startup.

Bref, les livraisons techniques se tarirent, les incertitudes diverses apparurent. Sans parler de la phase durant laquelle il faut trouver un nom. Et ça peut être long de trouver un nom.

J’ai donc profité d’une belle bronchite en fin d’année pour prendre du recul et de mon mois de janvier pour réorganiser :

  • changement d’équipe technique. Des gens très biens m’ont aidé gratuitement, mais à ce prix là vous passez après le reste. Il arrive donc un moment où il faut des objectifs de réussite et du paiement en contrepartie. J’ignore, à l’époque où je vendais une solution de paiement, combien de fois j’ai conseillé à des e-commerçants débutants de ne pas passer par l’ami – même très compétent – qui fait ça le soir mais par une agence pro. Comme quoi, on peut donner de bons conseils et les oublier pour soi.
  • changement d’objectifs. Je n’oriente plus les développements vers une maquette destinée à lever de l’argent mais vers une béta privée à destination des clients et uniquement des clients. Je ne travaille pas pour les investisseurs mais pour les clients.  Et si les premiers vont m’aider à toucher les seconds, ils ne peuvent en aucun cas être le centre des attentions.

Du coup les spécifications ne sont plus les mêmes, on repart donc d’un presque zéro. Uniquement presque, car la courbe d’apprentissage pour moi et les compétences restantes est là. Et nul ne peut chiffrer a priori la valeur de celle-ci. Quand nous réussirons, je suis persuadé que nous attribuerons le succès également à cette phase d’assimilation.

Je vais me donner jusqu’à fin mars pour faire redémarrer le projet avec cette équipe recomposée et ces nouveaux objectifs. J’ai la certitude qu’il fallait faire cette remise en question.

Si j’avais à tirer deux leçons pour les entrepreneurs débutants (c’est-à-dire comme moi, mais six mois plus jeunes :) ):

  • Concentrez-vous sur votre activité, votre client. Dès le début.
  • Sachez faire un constat d’erreur, et redémarrer ensuite.

Pour reprendre la métaphore introductive, j’ai pris le temps de couper le moteur, de descendre de la voiture, de prendre une grosse planche de bois, de la mettre sous les roues pour sortir doucement le véhicule de l’ornière. C’est ce que je suis en train de faire. Nous verrons ensuite si j’ai trop perdu de temps dans la course.

3 mois de perdus ?

Ou pas.

Car je compte bien être là en mars pour la lancer la béta privée.